Jusqu’à présent les lois de la physique quantique ont été formulées à
l’aide du concept d’amplitude de probabilité de transition. Une
transition implique toujours une paire d’états. Nous allons voir qu’il
est possible de donner une signification physique à chaque état. Il en
résultera une grande simplification formelle.
Nous pouvons faire l’analogie avec l’espace ordinaire R3. La
position d’un point dans l’espace peut être donnée par un ensemble de
3 nombres qui sont les coordonnées par rapport à un système d’axes
défini au préalable. Le changement de repère associera au point un
ensemble de nouvelles coordonnées. Cependant l’utilisation de
la notion de vecteur géométrique et les règles de calcul vectoriel
permettent de s’affranchir de la référence à un système d’axes ce qui
simplifie considérablement les formulations et les raisonnements.
Nous présentons une démarche de ce type dans ce chapitre.
Nous postulons donc que l’état quantique d’un système physique quelconque est
caractérisé par un vecteur d’état appartenant à un espace vectoriel
linéaire complexe appelé espace des états du système.
Cet espace est un sous-espace d’un espace de Hilbert [43]. Cet état est défini indépendamment de grandeurs physiques observables comme pourraient l’être les positions et les impulsions mécaniques décrivant l’état d’un système décrit selon la mécanique classique.
Ceci étant l’état quantique d’un système à instant donné décrit les
mesures antérieures que l’on a opérées sur le système et les résultats
obtenus lors des mesures car la mesure d’un système perturbe le système
et donc modifie son état, l’état étant directement relié aux résultats
obtenus lors de la mesure.
La notion d’état d’un système ne peut être disjointe de la façon de le produire ou le préparer. Par exemple, un photon sera dit
dans un état de polarisation circulaire gauche s’il vient de traverser
un polariseur circulaire gauche.
Nous avons utilisé une notation selon laquelle l’amplitude de
probabilité de transition d’un état Ψ à un état Φ est notée
⟨Φ∣Ψ⟩. Nous montrons que
chaque partie de cette formulation possède une signification.
Un vecteur quelconque de l’espace des états noté ε est
appelé vecteur ket ou ket. On le
note ∣⟩ en faisant figurer à l’intérieur un
caractère distinctif permettant de différencier cet état des autres :
Un élément quelconque de ε∗ est appelé vecteur bra ou bra. On le note
⟨∣ muni d’un signe distinctif permettant de
distinguer une fonctionnelle d’une autre. Par exemple
⟨χ∣ désigne la fonctionnelle linéaire χ et
on utilisera la notation ⟨χ∣Ψ⟩
pour désigner le nombre obtenu en faisant agir
⟨χ∣ de ε∗ sur
∣Ψ⟩∈ε :
L’existence d’un produit scalaire dans ε nous permet de
montrer qu’à tout ket ∣Φ⟩∈ε,
on peut associer un élément de ε∗ c’est-à-dire un bra
noté ⟨Φ∣.
En effet le ket ∣Φ⟩ nous permet de définir une
fonctionnelle linéaire :
Celle qui a tout ket ∣Ψ⟩∈ε
fait correspondre le nombre complexe égal au produit scalaire
(∣Φ⟩,∣Ψ⟩) de
∣Ψ⟩ par ∣Φ⟩. Soit
⟨Φ∣ cette fonctionnelle linéaire.
Un opérateur est un objet mathématique qui à tout vecteur d’un espace
vectoriel ε fait correspondre un autre vecteur de cet
espace. C’est donc une application de ε sur ε.
Remarque
La notation ∣∣Av⟩ (bien
que peu usitée) existe provenant de la notation mathématique du produit
scalaire de deux vecteurs v et w∈ε espace
vectoriel complexe : (w∣A(v)). Elle est liée à
la notation habituelle :
∣∣Av⟩=A∣v⟩
Soit A et B deux opérateurs de ε. Le produit des opérateurs AB agissant sur un ket quelconque ∣Ψ⟩ de ε est obtenu en faisant agir B sur ∣Ψ⟩ donnant un nouvel état B∣Ψ⟩ puis A sur ce dernier :
L’opérateur produit C=AB est l’opérateur unique qui remplace AB et qui agissant sur un ket quelconque ∣Ψ⟩ de ε donne le même état que l’action de AB sur ce même état ∣Ψ⟩.
Une transformation réalisée à l’aide d’un tel opérateur est dite
unitaire. Elle possède la propriété remarquable de laisser invariant le
produit scalaire. En effet, si on a :
En particulier, la norme d’un vecteur ket (racine carrée du produit
scalaire du vecteur avec lui-même) est invariante lors d’une
transformation unitaire.
λ est la valeur propre de A associée au vecteur
propre ∣x⟩. Si à une valeur propre correspond deux
ou plusieurs vecteurs propres, on dit qu’elle est dégénérée. Ces
vecteurs engendrent un sous-espace associé à la valeur propre.
Si λ1=λ2 cela implique
⟨x2∣x1⟩=0. Ainsi les vecteurs propres d’un opérateur hermitique associés à des valeurs propres différentes sont orthogonaux.
Lors d’un changement de base réalisé au moyen d’une transformation
unitaire, l’équation (33) devient :
En conséquence, lors d’une transformation unitaire, les opérateurs et les vecteurs propres sont modifiés mais leurs valeurs propres sont inchangées.
Un changement de base en physique quantique est analogue à un changement
de repère en physique classique. Il est évident que toute grandeur
physique mesurable doit rester invariante lors d’un changement de base.
Les produits scalaires (ou amplitude de probabilité de transition) et
les valeurs propres des opérateurs possèdent cette propriété
d’invariance. Nous avons vu que les probabilités de transition sont des
carrés de modules des produits scalaires. Les valeurs propres
représentent les résultats possibles que l’on peut obtenir lors de la
mesure d’une grandeur physique.
Supposons que l’ensemble {∣uk⟩}
forme une base de l’espace des états d’un système. Tout état
∣Ψ⟩ de ce système peut donc être développé sur
cette base, c’est-à-dire qu’on peut l’écrire sous la forme :
La donnée des coefficients du développement ck définit complètement
l’état du système. La dimension de l’espace N est le nombre maximum
de vecteurs linéairement indépendants qu’il peut contenir. La dimension
de l’espace des états dépend du système étudié et elle peut aller de
deux à l’infini. Le développement (45) est une
superposition linéaire d'états.
Supposons que les produits scalaires des vecteurs de base vérifient la
condition.
où δk,l est le delta de Kronecker (sa valeur est 1 si les
indices sont égaux et 0 s’ils sont différents).
La norme de chaque vecteur de base est donc 1 et ils sont tous
orthogonaux entre eux. On dit alors que la base est orthonormée. Dans la
suite nous supposerons toujours que la base utilisée est orthonormée.
On peut trouver les coefficients du développement en projetant
l’équation (45) sur un état de base particulier.
Chaque coefficient du développement est donc une amplitude de
probabilité de transition de l’état initial à l’un des états de la
base. C’est pourquoi ces coefficients sont appelés
amplitude d'états
.
La probabilité pour trouver le système dans l’état
∣ul⟩ est donc :
Une somme de tels projecteurs peut être considérée comme un projecteur
sur le sous-espace engendré par les vecteurs inclus dans la somme. Si
tous les vecteurs de la base sont inclus on obtient l’opérateur
identité :
Or le nombre réel ck∗ck représente la probabilité de
transition du système de l’état ∣Ψ⟩ vers
l’état ∣uk⟩. Il est donc nécessaire d’utiliser
un vecteur d’état de norme 1 pour que la condition de normalisation des
probabilités soit satisfaite.
Ce type d’opérateur joue un rôle capital en
théorie quantique.
Cela signifie que la matrice colonne représentant
∣Φ⟩ est obtenue en multipliant la matrice carrée
représentant A par la matrice colonne représentant
∣Ψ⟩.
L’élément de matrice d’un produit de deux opérateurs est :
La matrice représentant un produit d’opérateurs est donc le produit des
matrices qui représentent chacun d’eux.
La polarisation du photon est un degré de liberté interne. L’espace des
états de polarisation est de dimension 2. On peut choisir comme états de
base les états de polarisations rectilignes ∣X⟩ et
∣Y⟩.
Considérons l’espace des états ε de dimension 3 muni de la base {∣ei⟩} avec i=1,2,3.
Soit l’observable A :
A{∣ei⟩}=⎝⎛210131012⎠⎞ où a,b∈C
Vérifier que A est hermitique.
Rappeler les deux propriétés d’un opérateur hermitique.
Calculer le polynôme caractéristique det(A−λI)
En déduire les valeurs propres λi de A classées par valeurs décroissantes.
Pour chaque valeur propre λi, déterminer le vecteur propre associé par résolution de Avi=λivi. On normalisera à l’unité chaque vecteur propre.
A partir des représentations matricielles des vecteurs propres dans la base {∣ei⟩}, montrer matriciellement qu’ils vérifient la relation de fermeture.
Donner la représentation matricielle de l’observable A dans la base de ses états propres {∣vi⟩}.
La décomposition spectrale de A s’écrit : A=∑i=13λi∣vi⟩⟨vi∣. Montrer que l’action de cette décomposition sur chaque vecteur propre est conforme à la notion de vecteur propre.
Donner la représentation matricielle de A=∑i=13λi∣vi⟩⟨vi∣ dans la base des états {∣ei⟩}. Conclusion.
Soit S la matrice unitaire formée par les vecteurs propres colonne v1, v2 et v3 et ST sa transposée. Calculer le produit matricielle STAS.
import numpy as np
import matplotlib.pyplot as plt
from numpy import linalg
# array 3x3 représentant l'observable A
A = np.array([[2,1,0],[1,3,1],[0,1,2]])
print("array 3x3 représentant l'observable A :")
print(A)
# transposé de A
TA = A.T
print("# transposé de A :")
print(TA)
# calcul des valeurs propres et des vecteurs propres de A
S = np.linalg.eig(A)
print("affichage de S, S[0] contient les valeurs propres, S[1] contient les vecteurs propres :")
print(S)
TeigVectors = S[1].T # transposé du array des vecteurs propres
eigVectors = S[1] # array des vecteurs propres
print("array des vecteurs propres : ")
print(eigVectors)
print("transposé du array des vecteurs propres :")
print(TeigVectors)
# calcul de S.T * A * S
AD = TeigVectors.dot(A).dot(eigVectors)
print("S.T *A * S : ")
AD = TeigVectors.dot(A).dot(eigVectors)
print(AD)
Contrairement au cas où les états pourraient être repérés par un indice
discret, on a besoin d’une infinité d’amplitude pour définir
complètement l’état du système. On peut considérer que l’amplitude de
localisation est une fonction de deux variables et qui s’appelle la
fonction d’onde.
Dans le cas d’une variable aléatoire continue, il est impossible
d’attribuer une probabilité finie à chaque valeur précise de celle-ci.
Il faut plutôt attribuer une probabilité à un intervalle de valeurs de
la variable. On définit la densité de probabilitég(x,t) à
partir de la probabilité infinitésimale de trouver la particule à
l’instant t entre x et x+dx :
Lorsque C est finie, Ψ(x,t) est une fonction d'onde de carré sommable. On peut
alors la normaliser à l’unité en divisant par C. Pour que
l’intégrale converge, il est nécessaire que le module de Ψ(x,t)
tende vers 0 aux grandes distances. La particule est donc localisée dans
une région finie de l’espace. Elle se trouve dans un état lié. Nous verrons que son énergie ne peut
prendre que des valeurs discrètes.
Cinq postulats permettent de donner un contenu au formalisme de la
physique quantique.
Ainsi le postulat 1°) signifie que la donnée de
∣Ψ(t)⟩ permet de fournir une réponse à toute
question posée expérimentalement.
2°) Une observable est un opérateur hermitique dont les vecteurs propres
forment une base pour l’espace des états.
4°) La probabilité pour trouver une valeur propre particulière se
confond avec la probabilité pour trouver le système dans l’état propre
correspondant.
Supposons que les kets
{∣uk⟩k=1,...N}
soient kets propres de A avec les valeurs propres de
ak :
où P(ak) est la probabilité de trouver la valeur
propre ak. Le nombre correspondant est donc la valeur moyenne de la
grandeur physique représentée par l’observable A dans
l’état ∣Ψ⟩.
Le processus de mesure perturbe le système et peut
provoquer un changement d’état du système étudié. Le seul cas pour
lequel le résultat peut être prédit avec certitude est celui pour lequel
le système est déjà dans un état propre de l’observable correspondant à
la grandeur physique mesurée. En effet si :
tous les autres coefficients de développement sur les états
∣ul⟩ (l=k) sont nuls.
En conséquence une répétition de la mesure immédiatement après la
première mesure donnera avec certitude le même résultat. L’immédiateté a
une importance car le système pourrait évoluer (s’il n’était pas
parfaitement isolé) et ne pas rester dans l’état
∣uk⟩.
S’il est nul on a AB=BA et
on dit que les observables commutent.
Soit ∣Φ⟩ un ket propre de
A associé à la valeur propre a :
B∣Φ⟩ est ket propre de A
associé à la valeur propre a. Or par hypothèse, il y a un seul ket
propre de A correspondant à cette valeur propre.
∣Φ⟩ et B∣Φ⟩
sont proportionnels c’est-à-dire :
Ainsi le ket propre de A est aussi ket propre de
B. La même conclusion s’applique à chacun des kets propres
de A qui par hypothèse forment une base de l’espace des
états. On peut donc conclure que si A et B
commutent, ils possèdent une base commune de vecteurs propres.
Il est facile de montrer que réciproquement si A et
B ont une base de vecteurs propres communs, ils commutent.
On a alors :
On peut donc conclure que si les observablesA
et Bont une base de vecteurs propres communs ils commutent.
Soient A et B deux observables qui commutent.
Supposons que la mesure de la grandeur physique représentée par
A donne le résultat ak. L’état du système immédiatement
après la mesure est ∣uk⟩. Or cet état est ket
propre de l’observable B avec comme valeur propre bk.
La mesure de la grandeur physique correspondante effectuée immédiatement
après celle qui est représentée par A donne avec certitude
le résultat bk et l’état du système reste
∣uk⟩.
Des nouvelles mesures de ces grandeurs donneront les mêmes résultats. On
dit alors que ces grandeurs physiques sont compatibles.
Si les observables associées à deux grandeurs physiques ne commutent pas
leurs vecteurs propres sont en général différents et les résultats
obtenus [en mesurant successivement ces deux grandeurs dépendent de
l’ordre dans lequel on fait la mesure]. Si la grandeur associée
à A est mesurée d’abord et le résultat obtenu est ak,
l’état du système immédiatement après cette mesure est
∣uk⟩. En général il n’est pas un état propre de
B. Si ∣vj⟩ l’est, il n’est pas en
général un état propre de A. Une nouvelle mesure de cette
grandeur ne donne donc pas nécessairement le même résultat que la
première. Ainsi l’information obtenue dans une mesure peut être détruite en mesurant une grandeur incompatible.
Un espace de Hilbert est un espace préhilbertien séparé et
complet. Un espace préhilbertien est un espace vectoriel sur C
(ou R) muni d’une forme sesquilinéaire (anti-linéaire par
rapport au premier vecteur et linéaire par rapport au second)
auto-adjointe. Lorsque cette forme est définie positive, il s’agit
d’un produit scalaire hermitien et cet espace devient un espace
préhilbertien séparé.